sait à une sorte d'obscure fatalité. La guerre eSt arrivée inexorablement, comme dans une tragédie grecque.

Or elle était la conséquence prévisible d'événements vieux de plus de soixante-dix ans et tout ce qui se passa ce mois-là portait leur marque.

Le 15 mai, par une belle journée ensoleillée, Israël fêtait le jour de son indépendance et commémorait la naissance de l'État. Cette année, la parade militaire devait se dérouler à Jérusalem. Elle ne pouvait revêtir l'importance des années précédentes puisqu'aux termes de l'armistice, Israël et la Jordanie n'ont pas le droit d'exhiber de matériel militaire dans les environs de Jérusalem. Mais l'armée tient une si grande place dans la vie de notre nation que deux cent mille personnes, c'eSt-à-dire le douzième de la population, s'étaient déplacées pour applaudir au défilé de quelques unités d'infanterie. Ce jour-là, l'État semblait en sécurité et la guerre très loin de nous.

Aucune inquiétude ne ternissait la bonne humeur générale. Bien sûr il y avait eu quelques troubles récemment le long de la frontière syrienne. Ces derniers mois, des terroristes avaient réussi à s'infiltrer dans le pays et à lancer des bombes sur les agglomérations proches de la frontière. De temps en temps, un kibboutz était attaqué. Un jour ou l'autre sans doute, il nous faudrait nous débarrasser des positions fortifiées des collines syriennes. Mais la défense syrienne était négligeable. Une telle expédition ne mériterait pas le nom de guerre. La seule guerre véritable ne pouvait venir que de l'Égypte. Or l'Égypte avait les mains liées par son conflit au Yémen.

Nous savourions donc cette belle journée, nous flânions sur la plage en attendant les festivités. Les transistors diffusaient de vieilles marches militaires. Il y en avait même une dont j'étais l'auteur qui chantait les Renards de Sam son. Tout à coup, le chef de l'état-major, le général Yitzhak Rabin, monta sur l'eStrade parlementaire qui se trouvait placée face à la revue. Il s'approcha du Premier ministre Levi Eshkol et lui glissa quelques mots à l'oreille. Levi Eshkol arborait, comme tout le monde ce jour-là, un sourire épanoui. Il

25