que j'eus parlé avec plusieurs officiels américains de haut rang (entre autres Sisco, Saunders, Yost), Rabin m'a invité à l'ambassade. Au cours de notre conversation, il a prononcé une phrase mémorable: "Je me fiche totalement où se trouveront les frontières a condition qu'elles soient ouvertes. Seule une frontière ouverte est une frontière sûre". (En hébreu, ouvert se dit patuah et sûr se dit batuah).

Il a pourtant adhéré à ce qu'on a appelé "l'option jordanienne". Au cours de la conversation, et plus tard dans une lettre récapitulative que je lui ai écrite, j'ai essayé de le convaincre que seule une frontière entre l'Etat d'Israël et un Etat de Palestine serait inévitablement ouverte. Elle serait ouverte par nécessité, en tenant compte de la réalité économique, politique et géographique, tout comme de la connexion entre la Cisjordanie et Gaza.

Après le retour de Rabin en Israël, le dialogue a continué par intermittence - dans le bureau du Premier ministre, à la Knesset, à sa résidence, à son domicile privé et au cours d'événements sociaux où il passait de l'un à l'autre, en buvant du whisky ensemble. En 1975 et 1976, je suis allé à son bureau plusieurs fois pour faire un rapport, à la demande des Palestiniens, sur mes contacts secrets avec les dirigeants de l'OLP. Je lui ai apporté plusieurs propositions de Yasser Arafat (transmises via Saïd Hammami et moi-même) pour faire avancer certaines initiatives politiques. Rabin a redit sa croyance dans l'option jordanienne et prononcé une autre phrase qui est restée dans ma mémoire: "Je ne ferai aucun pas vers les Palestiniens parce que le premier pas nous mettra sur une route qui conduira inévitablement a l'établissement d'un Etat palestinien". Et cela il n'en voulait pas.

Alors pourquoi est-il allé à Oslo? Il me l'a expliqué luimême en 1994, dans une conversation de Shabbat chez lui. J'étais venu pour lui parler de la préparation d'un article dans lequel je devais le nommer Homme de l'Année. Je ne l'avais jamais vu d'une humeur aussi détendue. Lea était assise avec quelques hôtes dans le salon, Rabin me recevait dans son bureau. Eytan Haber s'était joint à nous.

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